Introduction
Le problème de l'eau occupe actuellement une place prioritaire dans les intérêts des Etats, c'est pourquoi les pays développés ont accordé une grande importance au développement et à la protection des ressources hydrauliques.
Depuis l'époque pharaonique, l'Egypte se rendit célèbre par son excellente gestion des ressources hydrauliques, sachant que les gouverneurs d'Egypte ont toujours œuvré à la construction des aqueducs jugés indispensables à l'arrêt de la force d'impulsion des eaux et à la recherche de nouvelles ressources hydrauliques tout en veillant à garder de bonnes relations avec les Etats voisins dans le Bassin du Nil…La quote-part de l'Egypte en eaux du Nil a atteint 55,5 milliards m3 par an et celle du Soudan à plus de 18,5 milliards de m3 par an, alors que le volume des eaux du Nil est de 84 milliards m3 par an.
Les Etats du Bassin du Nil doivent examiner les projets nécessaires à la réalisation de la gestion idéale des eaux du Nil et à leur protection aux nouvelles générations. Ces Etats avaient décidé de signer une convention globale de la redistribution des eaux du Nil en veillant à ce que cette convention respecte la souveraineté totale des Etats du Bassin du Nil. Les membres des commissions techniques examinent actuellement les différents articles de cette convention.
Il est à mentionner que l'Egypte œuvre sérieusement à assurer les allocations nécessaires aux Etats du Bassin Nil pour construire les ponts et les aqueducs, et pour entraîner des cadres techniques à mieux gérer les eaux du Nil.
Politique hydraulique égyptienne
Les gouvernements égyptiens consécutifs ont œuvré en faveur de politiques hydrauliques susceptibles de réaliser une meilleure exploitation des eaux du Nil. La première stratégie intégrée de la politique hydraulique égyptienne fut élaborée en 1998… Le coût d'exécution des divers projets de cette stratégie atteignait jusqu'en 2017 plus de 145 milliards L.E.
Cette stratégie est divisée en 3 axes fondamentaux :
1- Augmenter l'exploitation possible de chaque goutte d'eau.
2- Mettre terme aux effets néfastes de la pollution.
3- Coopérer avec les Etats du Bassin du Nil en vue de la protection des eaux du Nil.
Vu les besoins accrus de l'Egypte en eaux du Nil aux fins du développement global, la vision égyptienne de règlement de ce problème pendant la période comprise entre 2017 et 2050, s'appuie sur deux axes :
1- Réalisation d'une meilleure exploitation des ressources hydrauliques par l'adoption de plusieurs politiques visant à améliorer l'exploitation des ressources hydrauliques dans les divers projets nationaux et à évoluer les différents moyens d'irrigation.
1- Proposer des substituts étrangers en se basant sur la coopération avec les Etats du Bassin du Nil dans le but de développer leurs ressources hydrauliques, examiner les moyens susceptibles d'évoluer le réservoir nubien, considéré un des plus grands réservoirs d'eaux souterraines du monde et importer les récoltes agricoles et les produits industriels de l'étranger pour réduire le volume des eaux du Nil utilisées dans la culture et l'industrie dans ces domaines industriels et agricoles.
Ressources hydrauliques actuelles et prévues
Ressources hydrauliques actuelles: L'eau est le pilier fondamental du développement, c'est pourquoi l'Egypte lui accorde une grande importance au développement de nos ressources hydrauliques vu leurs influences directes sur la sécurité politique, économique et sociale de nos futures générations.
a- Les eaux du Nil
Le Nil est la principale source d'eau en Egypte, du fait qu'il assure plus de 85% du total des ressources hydrauliques. La quote-part de l'Egypte en eaux du Nil se chiffre à 55,5 milliards/m3 par an
b- Les eaux souterraines
Le volume des eaux souterraines utilisées en Egypte atteint plus de 6,1 milliards/m3 par an et il est prévu atteindre plus de 7,5 milliards/m3 par an dans les prochaines années.
c- L'eau des pluies
L'eau des pluies ne représente qu'un faible taux en ressources hydrauliques égyptiennes soit 1 milliard m3/an.
d-Recyclage des eaux du drainage agricole
Le volume des eaux du drainage agricole se chiffre à plus de 12 milliards m3/an, dont plus de 5,7 milliards m3 du drainage agricole sont recyclées puis utilisées dans les projets de l'extension agricole.
e-Eaux du drainage sanitaire recyclées
Les eaux du drainage sanitaire recyclées représentent une des principales ressources hydrauliques en Egypte. Le volume des eaux du drainage sanitaire réutilisé dans les projets de bonification des terrains désertiques atteint plus de 1,3 milliardsm3.
f- Les usages hydrauliques
Le volume de l'usage des ressources hydrauliques dans les différents projets agricoles s'élève à plus de 59,3 milliards m3/an, moyennant un taux de 85,6% du total des divers usages des ressources hydrauliques, alors que le volume de l'usage des ressources hydrauliques dans les projets industriels s'est chiffré à plus de 7,8 milliards m3/an en 2006/2007.
Le volume de l'usage des ressources hydrauliques dans les divers projets sanitaires et dans l'eau potable a atteint plus de 6,5 milliards m3 par an, moyennant un taux de 9,4% du total des divers usages des ressources hydrauliques.
Les ressources hydrauliques prévues: Plusieurs projets ont été exécutés dans le but d'assurer de nouvelles ressources hydrauliques, à savoir:
1) Le projet du canal de Gongly: Ce projet vise à assurer plus de 7 milliards de m3/an, partagées entre l'Egypte et le Soudan.
2) Le projet de Bahr El Ghazal: Ce projet vise à assurer plus de 7 milliards de m3/an, partagées entre l'Egypte et le Soudan.
Dessalement des eaux de la mer:
Le volume des ressources hydrauliques résultant du dessalement des eaux de la mer se chiffre à 0,06 milliards m3, et il est prévu atteindre plus de 0,14 milliards m3 en 2017.
Réduction des pertes hydrauliques: Le ministère de l'Irrigation et des Ressources hydrauliques a estimé le taux des pertes hydrauliques à plus de 35% du total des eaux évacuées du Haut Barrage, c'est pourquoi une nouvelle stratégie a été élaborée en vue d'évoluer le système d'irrigation en Egypte par la rehausse de la compétence des ressources hydrauliques.
Les besoins hydrauliques de l'Egypte en 2017
L'Egypte avait déterminé sa politique agricole qui vise à bonifier plus de 3,4 millions de feddans jusqu'en 2017 afin de satisfaire les besoins alimentaires accrus des citoyens, tout en ajoutant de nouvelles ressources hydrauliques.
Efforts de l'Egypte pour satisfaire ses besoins en eaux du Nil
Tout au long de son histoire, l'Egypte a sérieusement cherché à satisfaire ses besoins accrus en eaux du Nil. Ce Nil qui est la principale source d'eau en Egypte dont la quote-part en eaux du Nil se chiffre à 55,5 milliards de m3 par an. L'Egypte cherche depuis longtemps à réguler ses relations avec les Etats riverains du Bassin du Nil, en veillant à garder un contact permanent avec eux pour s'entendre sur l'exploitation idéale des eaux du Nil tout en respectant le droit historique à ses eaux.
Parmi les principaux projets exécutés pour réaliser une exploitation idéale des eaux du Nil, figure :
Le Haut Barrage
Importance de construction du Haut Barrage : Partant de leur conviction de l'importance du fleuve du Nil, les Egyptiens ont veillé à construire un grand nombre de barrages pour préserver les eaux du Nil, y compris le réservoir d'Assouan, le réservoir du Mont d'El Awleya et quelques aqueducs.
En dépit de leur importance ces projets n'ont pas réussi à atteindre un règlement sérieux au problème de l'augmentation des quantités des eaux perdues au cours de son passage.
Financement de la construction du Haut Barrage : L'ex-président égyptien Gamal Abdel Nasser avait nationalisé le Canal de Suez en juillet 1956 dans le but de consacrer ses recettes à la construction du Haut Barrage, surtout après que la Banque mondiale refusa de financer le projet selon les ordres des Etats Unis et de la Grande Bretagne.
L'Union Soviétique a accepté de financer le projet, tout en octroyant à l'Egypte la somme de 2,13 millions de L.E. Le coût total de la construction du Haut Barrage et de la centrale électrique s'est chiffré à 455 millions de L.E.
Le Haut Barrage est compte parmi les principaux ayant participé à la croissance de l'économie de l'Egypte.
Position du Haut Barrage :
Le Haut Barrage se trouve à 6,5 km du sud du Réservoir d'Assouan, en raison de l'étroitesse du cours du Nil dans cette région.
Les composants du Haut Barrage :
A- Le corps du Barrage : A la suite d'un grand nombre d'études et de recherches scientifiques le Haut Barrage a été construit en 1956.
B- Le lac de préservation des eaux : C'est un grand lac artificiel qui jouit des caractéristiques suivantes:
- Sa longueur est de 500 km.
- Sa largeur est de 10 km.
- Sa capacité totale est de 162 milliards m3.
- La capacité partielle en eau est de 32 milliards m3.
C- La dépression de Toshka : Il est à noter que 5 000 m³d'eau peuvent être évacués par seconde au moyen du canal de Toshka qui relie le réservoir à la dépression. Le réservoir devint le lac Nasser de 550 km de long sur 10 km de large en moyenne (35 km au maximum), et s'étend sur une superficie de 5 250 km2, et sa capacité de réserve est de 157 km3 d'eau.
D- Le canal de transformation : Un canal de transformation composé de deux branches reliées au moyen de six tunnels, a été creusé sur la rive orientale du Nil.
La longueur du canal est de 1150 m, alors que sa largeur est de 50 m.
La longueur de l'autre canal est de 485 m, alors que sa largeur est de 40 m.
E- Les tunnels : Leur capacité d'évacuation est de 11 mille m3.
F- La centrale électrique : Le barrage renferme douze générateurs électriques de 175 mégawatts chacun, la capacité totale de la centrale électrique est de 2,1 millions de kW, alors que le total de l'énergie électrique produite est de 10 milliards de kW.h/an.
Durée de construction de ce projet
Sa construction dura environ onze ans et mobilisa quelques 30 000 travailleurs.
Bénéfices économiques
1- Hausse de la quote-part de l'Egypte en eaux du Nil à plus de 555,5 milliards de m3/an.
2-Augmentation de la superficie agricole d'Egypte à plus de 1,2 millions de feddans.
3- Usage du système d'irrigation durable qui a participé à l'augmentation de la productivité des terrains agricoles.
4- Le projet a permis l'augmentation à plus de 750 mille feddans/an la superficie agricole cultivée en riz.
5-Amélioration de la navigation.
6-Couverture de tout le pays d'un réseau électrique utilisé dans les divers projets de l'extension agricole et industrielle.
7-Protection du pays des menaces de désertification durant ces dernières années.
8- Régulation des crues du Nil favorisant ainsi un système d'irrigation durant toute l'année.
Le rôle égyptien dans l'Initiative du Bassin du Nil
Dès le début de la coopération régionale dans les années 60, l'Egypte a participé à toutes ses activités et ses mécanismes, tout en demandant aux autres Etats du Bassin du Nil d'y adhérer et d'œuvrer sérieusement en vue de rapprocher leurs points de vue. L'Initiative du Bassin du Nil est considérée comme étape importante de l'activation de la coopération entre les Etats riverains du Bassin du Nil.
A l'issue de la modification de l'agenda du groupe de Techno Nil en décembre 1998, l'Egypte a proposé de tracer une stratégie de coopération entre les Etats riverains du bassin du Nil pour passer de l'étape des études à celle de la mise en exécution des projets.
Cette Initiative se base sur la division du Bassin du Nil en deux régions dont chacune comprend un ensemble de projets :
- Projet du plateau des lacs équatoriaux.
- Projets du Nil Est.
A- Projet du plateau des lacs équatoriaux qui vise à :
- Réduire l'usage des eaux du Nil dans les projets agricoles.
- Assurer la Liaison électrique.
- Protéger la richesse piscicole dans le lac Albert.
- Lutter contre les fleurs du Nil dans le fleuve du Kagera.
- Réaliser une coopération entre Burundi, le Rwanda, la Tanzanie et l'Ouganda à développer le bassin du fleuve de Kagera.
- Réaliser une meilleure gestion des bassins du fleuve de Seo-Kelapa-Malakesy, situé entre l'Ouganda et le Kenya.
- Créer une nouvelle unité pour la coordination entre les différents projets.
Projet de l'Est du Nil. Il vise à:
- Développer un modèle du schéma de l'Est du Nil dans le but d'évaluer le taux des effets négatifs et positifs sur les différents projets de développement.
- Effectuer des études sur les sources hydrauliques intégrées du bassin de la rivière Alvaro Akobo.
- Exécuter le projet qui vise à réaliser une meilleure gestion des eaux de l'inondation et du système de pré alerte.
- Exécuter le projet qui vise à réaliser le développement des différentes ressources de l'énergie électro-hydraulique et de la liaison électrique.
- Développer les différents projets d'irrigation et de drainage.
- Réaliser une meilleure gestion des hauts bassins du plateau éthiopien.
- Créer le Bureau régional des Etats de l'Est du Nil.
Quant aux projets de la vision commune auxquels participent la plupart des Etats du bassin du Nil, et qui sont représentés comme suit:
- Une meilleure gestion de l'environnement local par les pays riverains du bassin du Nil (Soudan).
- Projet de l'échange régional de l'énergie (Tanzanie).
- Meilleure exploitation de l'eau d'irrigation (Kenya).
- Participation aux recettes du développement économique et social (Ouganda).
- Une meilleure gestion des ressources hydrauliques (Ethiopie).
-Entraînement pratique (Egypte).
-Information et coordination entre les projets (Ouganda).
Le rôle égyptien dans l'Initiative du Bassin du Nil prend deux orientations importantes y compris les négociations diplomatiques et le développement économique.
Premièrement: Rôle de l'Egypte
Diplomatie et négociations
La diplomatie est actuellement un facteur principal du rôle égyptien dans l'Initiative du Bassin du Nil, à savoir :
• l'Égypte exprime son engagement aux protocoles de coopération et son respect total des intérêts des Etats du Basins du Nil.
• Les responsables égyptiens ont effectué plusieurs visites dans les Etats du Bassin du Nil afin de coordonner les efforts déployés pour exécuter les différents projets de cette Initiative.
• L'Égypte a mis l'accent à maintes reprises sur son engagement à développer les ressources hydrauliques du Nil au profit des États nilotiques, à travers l'assurance de multiples aides techniques visant à réaliser une meilleure exécution conjointe de projets susceptibles de promouvoir la stabilité, la paix et le développement de ces Etats.
• L'Égypte tient à participer aux réunions régulières de l'Est du Nil et des lacs équatoriaux pour discuter les différents points de vue concernant la meilleure exploitation des eaux du Nil.
L'Egypte a joué un rôle primordial dans:
• La réunion du Nil Bleu, tenue à Charm El Cheikh en Juin 2004, en participation à un grand nombre de ministres des Ressources hydrauliques, égyptien, éthiopien et soudanais dans le but de ratifier le programme des projets conjoints concernant la protection du sol et du plateau éthiopien.
• Les participants ont confirmé la coopération entre les Etats riverains du bassin du Nil à travers les visites réciproques et l'exécution de projets conjoints.
• Le premier Forum parlementaire des Etats du bassin du Nil, tenu en Egypte en Mars 2004 vise à assurer une communication directe entre les peuples de ces pays.
Le rôle égyptien dans le développement économique
Vu l'importance d'assurer les différentes aides financières à l'exécution des différents projets dans les Etats du Bassin du Nil, une Fédération internationale de coopération entre les Etats du Nil a été créée en 2001.
Cette Fédération doit assumer la responsabilité de réaliser une certaine liaison entre les Etats du Nil et les différents groupes internationaux en mesure de participer à l'exécution des différents projets de développement des ressources hydrauliques du Nil.
En tant que partenaire principal de la Fédération internationale de coopération entre les Etats du Nil, la Banque mondiale est responsable de la gestion des ressources financières octroyées par les donateurs, d'élaborer et de réviser les projets financés de cette Fédération, conformément aux règles et aux procédures de la Banque.
En plus du Comité technique de cette Fédération qui doit assumer la responsabilité de contrôler le fonctionnement des capitaux dans les différents projets des ressources hydrauliques, comprenant des représentants de la Banque mondiale .
Principaux projets exécutés dans ce domaine:
Projet de planification de l'Est du Nil qui vise à assurer les aides nécessaires à l'Egypte, l'Ethiopie et le Soudan pour mettre en exécution les différents projets du développement et de coopération entre ces trois pays. Ce modèle de planification permet d'évaluer les différents projets d'investissement disponibles, tout en fournissant une base commune d'analyse visant à mobiliser les opérateurs dans le processus d'évaluation des avantages et des impacts, et dans l'analyse des informations. Le modèle de planification permettra aux trois pays de partager les différentes informations et les outils nécessaires pour renforcer les différents plans d'investissement.
Le Soudan : L'Egypte et le Soudan œuvrent sérieusement dans le but de renforcer les chances de coopération bilatérale entre les deux pays notamment dans le domaine du développement des ressources hydrauliques.
Quatre projets ont été exécutés entre l'Egypte et le Soudan et visent à assurer plus de 18 milliards de m3/an, à savoir :
La première et la deuxième étape du projet du canal Gongly qui vise à assurer plus de 4 milliards de m3/an partagées entre l'Egypte et le Soudan.
Le projet de Bahr El Ghazal qui vise à assurer plus de 7 milliards de m3/an partagées entre l'Egypte et le Soudan.
Le projet de Machar qui vise à assurer plus de 4 milliards de m3/an partagées entre l'Egypte et le Soudan.
L'Organisme des eaux du Nil comprend un comité technique formé d'experts de l'Egypte et du Soudan.
Ce comité se réunit périodiquement pour régler tout problème contrecarrant la mise en vigueur de la convention de 1959.
- L'Ethiopie : Les projets de coopération bilatérale entre l'Egypte et l'Ethiopie résident dans les différents projets agricoles, le creusement des puits des eaux souterraines en Ethiopie, l'échange commercial et économique entre les deux pays et le renforcement égyptien des projets d'irrigation en Ethiopie.
- Ouganda : L'Égypte et l'Ouganda œuvrent sérieusement en vue d'établir une coopération bilatérale dans tous les domaines, y compris : la gestion et le développement des ressources hydrauliques, les différents systèmes d'information, la réduction du flux des eaux dans les lacs équatoriaux.
Conventions de l'eau entre l'Egypte et les pays riverains du Bassin du Nil
L'Egypte a réussi à conclure plus de 15 conventions, tant au niveau bilatéral ou régional dont quelques unes ont été signées pendant la période du colonialisme et ont influencées les relations actuelles entre l'Egypte et les pays du bassin du Nil. Premièrement: Accords bilatéraux:
1) Le plateau éthiopien: Cinq conventions régissent les relations entre l'Egypte et l'Ethiopie d'où provient 85% du total de la part de l'Egypte en eau du Nil :
A- Un protocole signé à Rome le 15 avril 1891, entre la Grande-Bretagne et l'Italie, (qui occupait l'Erythrée à l'époque), ce protocole portait sur l'identification des zones d'influence de chaque pays en Afrique de l'Est. L'Italie s'est engagée au respect de l'article III de la Convention qui stipulait l'interdiction de construire des installations à des fins d'irrigation sur la rivière "Atbara" et susceptibles influencer le débit du Nil.
B- La convention d'Addis-Abeba signé le 15 Mai 1902, entre la Grande-Bretagne et l'Ethiopie en vertu de laquelle l'empereur Minlek II d'Ethiopie, s'est engagé, de ne pas construire ni d'autoriser la construction sur le "Nil Bleu", sur le "lac Tana" ou sur "la rivière Sobat" pour éviter tout obstacle à l'écoulement de l'eau du Nil, à moins d'avoir obtenu le consentement du gouvernement britannique et du gouvernement soudanais.
C- La convention de Londres signée le 13 décembre 1906, entre la Grande-Bretagne, la France et l'Italie.
Le quatrième article de la convention stipule que l'ensemble de ces Etats s'engagent à garantir l'afflux de l'eau du Nil Bleu et de ses affluents, vers l'Egypte.
D- La convention de Rome, qui se résume en une série de lettres échangées entre la Grande-Bretagne et l'Italie en 1925, et en vertu de laquelle l'Italie reconnait les droits acquis de l'Egypte et du Soudan aux eaux du Nil Bleu et du Nil Blanc et de leurs affluents, et s'engage à ne pas procéder à des travaux susceptibles de réduire la quantité d'eau destinée au Nil principal.
E- Le cadre de coopération signé au Caire le 1er Juillet 1993 par le Président égyptien Hosni Moubarak et le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi avait un grand rôle dans l'amélioration des relations égypto-éthiopiennes, et dans la coopération entre les deux pays sur les points suivants:
- Les deux pays doivent veiller à ne pas procéder à une activité quelconque reliée aux eaux du Nil et susceptible de nuire aux intérêts de l'autre Etat.
- Le devoir de préserver et de protéger les eaux du Nil.
- Le devoir de respecter le droit international.
- La consultation et la coopération entre les deux pays avant d'exécuter des projets visant à augmenter le volume du débit des eaux et à réduire les pertes.
2) Le plateau tropical constitue La deuxième source qui alimente à 15% le Nil y compris six pays: Kenya, Tanzanie, Ouganda, Congo, Rwanda, Burundi. Les relations hydrauliques entre l'Egypte et ces Etats sont établies à partir des conventions et notamment:
A- La convention signée à Londres en Mai 1906 entre la Grande-Bretagne et le Congo et qui est un amendement à la Convention déjà signé entre les parties concernées le 12 mai 1894. Elle stipule dans sa 3ème section que le gouvernement congolais s'engage à ne pas mettre en place ni à permettre la création de travaux sur la rivière "Semliki", ni sur la rivière "Sango" et leurs environs, susceptibles de réduire le volume de l'eau qui coule dans le "lac Albert" dans l'approbation du gouvernement du Soudan.
B- La convention de1929 conclue à l'issue de l'échange de deux lettres entre le Premier ministre égyptien Mohammed Mahmoud et le Haut Représentant britannique Lloyd, signées le 7 Mai 1929 et rattachée au rapport de la commission de l'eau en 1925. Le présent rapport s'inscrit dans le cadre de l'accord, la Grande-Bretagne ayant signé la convention au nom du Soudan, de l'Ouganda et du Tanganyika, la Tanzanie actuelle. La convention stipule ce qui suit :
(1) Uniquement en vertu d'un accord préalable avec le gouvernement égyptien concernant l'irrigation ou la production d'électricité ou toute action sur le Nil et ses branches ou sur le lac, jaillissantes du Soudan ou des pays sous administration britannique permettant de réduire la quantité d'eau atteignant l'Egypte ou de modifier la date de son arrivée, ou la réduction du niveau de l'eau attribué à l'Egypte en aucune manière atteinte aux intérêts de l'Egypte.
(2) L'accord prévoit également le droit historique et naturel de l'Egypte aux eaux du Nil.
C- La convention signée à Londres le 23 Novembre 1934, par la Grande-Bretagne au nom de Tanganyika [Tanzanie actuelle] et par la Belgique au nom du Rwanda et d'Urundi [Rwanda et Burundi actuellement] sur l'usage par les deux pays de la "rivière Kagera".
D- La convention de 1953 entre l'Egypte et la Grande-Bretagne au nom de l'Ouganda pour la création du réservoir "Owen" à la sortie du "lac Victoria" signée à l'issue de l'échange d'une série de lettres au cours des années 1949 et 1953 par les gouvernements égyptien et britannique, contient les principaux points suivants:
- La Grande-Bretagne a promis au nom de l'Ouganda la création et le fonctionnement de la centrale qui aura pour effet de réduire la quantité d'eau à destination de l'Egypte et d'assurer que la date d'arrivée ou de réduction du volume des eaux ne provoquera pas des dommages aux intérêts de l'Egypte.
E- La convention de 1991 entre l'Egypte et l'Ouganda signé par le Président Moubarak et le Président ougandais Mussifani:
- L'Ouganda a confirmé son respect à la convention de 1953 signé par la Grande-Bretagne en son nom, et cela inclut une reconnaissance implicite de la convention de 1929.
- La convention stipule que l'organisation politique de l'eau du "lac Victoria" doit être discutée et révisée par l'Egypte et l'Ouganda dans les limites de la sécurité, et de sorte à ne pas affecter les besoins de l'Egypte en eau.
(3) Deux accords d'eau signés entre l'Egypte et le Soudan, régissent les relations de l'eau entre eux, à savoir:
A- La convention de 1929, cette convention régissant les relations de l'eau entre l'Egypte et le plateau équatorial, comprenant également des éléments appartenant à la relation de l'eau entre l'Egypte et le Soudan mentionnés dans la lettre adressée par le Premier ministre égyptien au Haut commissaire britannique et selon laquelle :
- Le gouvernement égyptien accorde un grand intérêt à la reconstruction du Soudan et accepte d'augmenter les quantités d'eaux du Nil utilisées par le Soudan sans nuire au droit naturel et historique de l'Egypte à ces eaux.
- Le gouvernement égyptien accepte le rapport du comité de l'eau du Nil de 1925 et considère qu'il est une partie intégrante de cet accord.
- Uniquement dans le cas d'un accord préalable avec le gouvernement égyptien sur l'irrigation ou la production de l'électricité ou toute autre action sur le Nil et sur ses branches ou sur le lac qui découle à la fois du Soudan ou des pays sous administration britannique qui provoquerait la réduction de la quantité des eaux ou à leur modification lors de leur direction vers l'Egypte ou la modification de la date de leur arrivée ou la réduction du niveau de leur eau serait considéré une atteinte aux intérêts de l'Egypte.
- Assurer toutes les facilités au gouvernement égyptien pour effectuer des travaux d'études et de recherche sur l'eau du Nil au Soudan et pour augmenter le débit des eaux du Nil en faveur de l'Egypte et d'accord avec les autorités locales.
B- La convention de 1959: signée au Caire en Novembre 1959 par l'Egypte et le Soudan, est complémentaire à celle de 1929 n'a pas été révoquée, et implique une pleine maîtrise sur les eaux du Nil destinée à l'Egypte et au Soudan à la lumière des nouveaux changements apparus sur la scène, tels le désir de créer un haut barrage et les projets du Haut-Nil pour accroître les recettes et de construire des réservoirs à Assouan .. La Convention comprend l'accès total aux eaux du Nil selon quelques notamment:
- L'Egypte a le droit de conserver son droit à 48 milliards mètres cubes d'eaux/an, et le droit du Soudan à quatre milliards de mètres cubes/ an.
- Consentement des deux pays sur la construction du Haut barrage par l'Egypte et du réservoir "El Rossiresse" sur le Nil bleu par le Soudan.
Ce texte stipule la distribution de l'eau du barrage supérieur estimé à 22 milliards de mètres cubes par an distribués aux deux pays de sorte que le Soudan obtienne14,5 milliards de mètres cubes et l'Egypte, 7,5 milliards de mètres cubes. L'Egypte reçoit annuellement une part globale de 55,5 milliards mètres cubes et le Soudan 18. 5 milliards mètres cubes. - Le Soudan s'est entendu avec l'Egypte que les projets qui visent à accroître les recettes d'exploitation des eaux fluviales dans la mer d' « El Gabal" et la mer d"El Zarraf", la rivière "El-Ghazal" et ses ramifications, la rivière "Sobat", et ses branches, et le bassin du Nil blanc, soient bénéfiques à parité aux deux pays et le coût financier de ces projets également assumés par eux. - Création d'un appareil technique permanent de l'eau du Nil entre l'Egypte et le Soudan.
Deuxièmement: Mécanismes de la coopération régionale
Compte tenu de l'évolution en cours, de la nature les dix pays du bassin du Nil, témoins de l'évolution de la situation après la fin du colonialisme, et dans le cadre du désir de l'Egypte d'étendre des ponts de coopération avec les pays du bassin du Nil représentant une profondeur stratégique à l'Egypte et l'importance vitale du Nil aux Egyptiens, il est devenu nécessaire de trouver de nouveaux mécanismes de coopération régionale entre les pays riverains du bassin du Nil, en plus des conventions susmentionnées, sachant que ces mécanismes ont commencé depuis les années soixante du XXème siècle et comme suit:
1) Organisme des eaux du Nil:
La création d'un organisme technique permanent aux eaux du Nil au service de l'Egypte et du Soudan en vertu de la convention de 1959, constitue le principal projet qui n'a pas d'influence sur les autres pays et qui assure 18 milliards mètres cubes par an:
- La première phase du projet du canal GONGLI.
- La deuxième phase du projet du canal GONGLI.
- Projet de Mochard.
- Projet de Bahr El-Ghazal.
L'Organisme des eaux du Nil comprend un comité technique qui regroupe les experts des deux pays - l'Egypte et le Soudan – et qui se réunit périodiquement afin de résoudre les éventuels problèmes rencontrés dans l'application de la Convention de 1959.
2) Projet de "Hydramit"
Ce projet signifie l'étude des conditions météorologiques et hydrologiques du bassin des lacs équatoriaux, et a été lancé en 1967 dans cinq pays des dix pays du bassin du Nil, à savoir l'Egypte, le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda, le Soudan auxquels se sont joints le Rwanda, le Burundi et le Congo [Zaïre autrefois] , puis l'Ethiopie en tant qu'observateur.
En vertu de cet accord des stations de contrôle de la pluie ont été installées dans les grands lacs de Victoria, d'Albert et d'Eugene et ont reçu des fonds de plusieurs donateurs internationaux ainsi que du programme de développement des Nations Unies et de l'Organisation météorologique mondiale. Ce projet a été exécuté en trois phases, à savoir:
A- La première de 1967 à 1972 avec un financement de l'ONU.
B- La deuxième à dater de 1976 et jusqu'en 1980 avec le soutien financier de l'Organisation des Nations Unies.
C- Le troisième à dater de 1981 et jusqu'en 1992 avec le soutien des Etats riverains du Nil.
3) Le groupe INDIGO:
Indigo signifie en Swahili, fraternité, et c'est l'Egypte qui a eu l'idée de créer ce groupe avec le soutien de Zaïre et du Soudan. Ce groupe comprend la plupart des pays du bassin du Nil de l'Est et de l'Afrique centrale, et sa création a été annoncée lors de la première Conférence ministérielle des pays du bassin du Nil, tenue à Khartoum en Novembre 1983. Cette réunion avait pour objectifs :
A- La consultation et la coordination des positions des membres du groupe d'Etats sur les questions régionales.
B- Le renforcement de la coopération entre le groupe des pays membres dans le domaine du développement.
C- L'échange des expertises dans tous les domaines dans le but de soutenir la coopération régionale.
D- Parmi les réunions qui se tiendront dans le cadre de la coopération régionale, figure le plan d'action de Lagos concernant l'économie et publié en 1980.
E- Le soutien de l'intégration économique des Etats membres de la Convention.
Toutefois, ce groupe a rencontré de multiples obstacles qui ont entravé la réalisation de ses objectifs :
A- Le manque de moyens financiers suffisants pour financer ses projets.
B- La rivalité continue entre l'Ethiopie et le Soudan relativement à l'accueil du comité du suivi.
4) Le groupe TECONIL:
Groupe de coopération technique entre les pays riverains du bassin du Nil pour le développement et la protection de l'environnement, il a été créé en décembre 1992 avec six pays, comme membres actifs: l'Egypte, le Soudan, la Tanzanie, l'Ouganda, le Rwanda, et le Congo. Les autres pays ont obtenu le statut d'observateur. Le projet de TECONIL a fonctionné de 1992 à 1998, et a été le premier à rassembler les pays du bassin du Nil à un plan global de 22 projets, en tête desquels vient le projet de préparation de la coopération régionale entre le cadre juridique et institutionnel des pays du bassin du Nil qui ont formé un comité technique d'ordre juridique comprenant des représentants des pays du bassin du Nil, se réunissant périodiquement plusieurs fois par an, ce comité s'est transformé en 2002 en un Comité de négociation paritaire.
5) Le bureau technique régional de l'est du Nil (INTRO)
Le bureau régional a été fondé en mars 2001 en vertu de l'accord conclu entre l'Egypte, le Soudan et l'Ethiopie. Son siège est à Addis-Abeba. Le bureau a été créé pour discuter les projets conjoints de l'eau, rassemblés dans le programme de travail de l'est du bassin du Nil. Le programme comprend plusieurs projets dans le domaine de la lutte contre les inondations et la production de l'électricité au moyen de l'eau des rivières, notamment:
A- La création d'un mécanisme conjoint pour la lutte contre les inondations et pour le pré-alarme en recourant à l'information et l'analyse des données et les tentatives d'affronter les inondations.
B- Projet d'investissement et de commerce de l'énergie entre les trois pays et les autres pays et création de réseaux de liaison électrique.
C- Gestion des bassins hydrographiques, pour réduire les quantités du limon déposé dans le lac Nasser dans l'intérêt et en faveur de la coopération au niveau régional.
D- Projet conjoint d'irrigation, de drainage et d'investissement dans le domaine agricole.
E- Projet de création d'un modèle du Nil Est afin de pouvoir planifier d'autres projets et soutenir les preneurs de décisions en leur présentant des options diverses et leur éviter les effets négatifs imprévus sur l'un quelconque des pays riverains du bassin du Nil.
F- Projet de la rivière Sobat qui vise à préserver les grandes quantités d'eau qui se perdent dans les marais afin d'assurer le développement de l'agriculture et de l'énergie.
6) Initiative du Bassin du Nil:
Signée en août 2000, elle s'est avérée importante dans la mesure où elle représente le début de l'application d'un cadre institutionnel juridique convenu par les pays de la région et se basant sur la croissance économique des dix pays riverains du bassin du Nil d'une part et sur la présence d'un développement notable d'autre part pour éviter l'échec des tentatives de coopération conjointe, devenant ainsi un facteur déterminant spécifique des relations relatives à l'eau entre les pays riverains du bassin du Nil. Cette initiative vise également à renforcer la crédibilité réciproque des pays du bassin du Nil relativement aux projets conjoints bénéfiques à l'exemple de la construction des réservoirs et la grille des projets, en plus du développement de la gestion de la pré-alerte des inondations, de la sécheresse et des travaux de prévention, concernant la lutte contre la désertification et la sécheresse.