20 août 2019 10:49

Allocution et discours

Discours du président à la séance inaugurale du Sommet Union Européenne- Ligue des États arabes

lundi، 25 février 2019 - 11:37

Majestés, Excellences et Altesses, Rois, Présidents, Princes et Chefs de  gouvernement des États arabes frères et des États européens amis,


Votre excellence Donald Tusk, président du Conseil de l'Union Européenne,


Votre excellence M. Ahmed Aboul Gheit, Secrétaire général de la Ligue des États arabes,


Votre excellence, Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne,


Mesdames et messieurs,

Je tiens à vous souhaiter la bienvenue à cette partie précieuse de la terre d'Égypte, la ville de la paix, Charm El Cheikh, qui incarne une ferme conviction égyptienne et un travail assidu pour réaliser la paix, la stabilité et le développement. Cette ville sûre, visitée et fréquentée par les citoyens de tous les pays du monde, incarne également les sublimes valeurs de coexistence, de connaissance et d'amour, dont les réunions historiques et les multiples conférences qui y ont été tenue pour renforcer les liens humains et réaliser nos aspirations dans l'instauration de la paix et de la fraternité parmi les êtres humains, ont été témoins.

J'ai le plaisir de voir l’Égypte accueillir le premier sommet arabo-européen, ce qui n’est pas étrange à l’Égypte, dont l'histoire avait été témoin au fil du temps une concorde unique entre les civilisations et une interaction rare entre les peuples.


Majestés, Excellences et Altesses,

La tenue aujourd'hui de notre premier Sommet et le taux de participation élevé prouve de la manière la plus ultime que les facteurs communs qui unissent les deux régions arabe et européenne dépassent dans une large mesure ceux qui peuvent les séparer. Par ailleurs, l’intérêt et le souci chez les deux parties arabe et européenne vis-à-vis de la consolidation du dialogue et de la coordination collective mutuels reflètent un soutien aux passerelles d'entente qui existent effectivement au niveau bilatéral, et un espoir dans l’élaboration d’une approche commune sur la manière de faire face aux dangers et aux défis accrus qui menacent nos États et notre région, aussi vaste qu’elle soit, car il est difficile de surmonter ces difficultés par des efforts individuels.

Les États arabes et ceux de l’Union européenne sont liés par des relations de coopération historiques via la Méditerranée. La profondeur de ces relations émane de considérations relatives à la proximité géographique, à la portée culturelle et aux intérêts communs au long des décennies. Elles émanent également des valeurs communes et de la volonté sincère qui continueront à nous réunir pour instaurer la paix et la stabilité, pour relever les défis contemporains, dont en premier lieu la recrudescence du phénomène de la migration et de la menace du terrorisme, qui est devenu – hélas ! – un dispositif utilisé par certains États pour semer le chaos entre leurs voisins, afin d'occuper une place qu'ils ne méritent pas au détriment de la sécurité et de la sûreté de la région.

Majestés, Excellences et Altesses,

La menace du terrorisme odieux se répand dans le monde entier comme une peste maudite, soit parce que les éléments extrémistes se déplacent d'un État à un autre via les frontières, ou parce qu’ils prennent refuge dans certains États pour reprendre plus tard leurs opérations terroristes hideuses, ou parce qu’ils se procurent du soutien et du financement en se dissimulant derrière des associations suspectes, ou parce qu'enfin et surtout ils utilisent les médias et les réseaux sociaux pour recruter de nouveaux éléments et provoquer la haine et la violence.

Nous avons aujourd’hui besoin de raffermir notre unité et notre coopération face à ce danger, et de lutter ensemble contre ce fléau injustifiable. En fait, le terrorisme est complètement différent de l’opposition politique pacifique, que nous acceptons tous en tant que phénomène sain et pilier fondamental de toute vie politique saine. L’Égypte a présenté une vision globale pour éradiquer le péril du terrorisme et ses effets négatifs sur les droits de l’homme, dont surtout le droit à la vie, entre autres droits fondamentaux. Elle a parvenu, par le dialogue et la coopération, à établir un lien entre cette vision et l’attitude européenne, fondée sur l’importance du respect des droits de l’homme pendant la lutte contre le terrorisme. Nous ne nous opposons pas à concept ; bien au contraire, nous l’appliquons sur le terrain.

Majestés, Excellences et Altesses,

Ces défis communs correspondent également aux foyers de conflits dans la région, dont en premier lieu la cause palestinienne, cause primordiale et centrale des Arabes et l’une des principales racines de ces conflits. Elle consiste à la privation du peuple palestinien de ses droits légitimes, au gaspillage continu des droits de l’être palestinien, sur lesquels la communauté internationale ferme les yeux. Le conflit issu de cette cause est davantage fomenté par l’absence d’une volonté politique sincère vis-à-vis d’un règlement global et équitable. Bien que les références de ce genre de règlement soient bel et bien connues et documentées dans des résolutions de la légitimité internationale, qui sont aussi anciennes que l’ONU elle-même, et qui sont annuellement confirmées et raffermies, même si nous attendons depuis longtemps leur mise en vigueur.

Je tiens, dans ce contexte, de mettre en garde contre les répercussions que subiront tous nos États, à force de la poursuite de ce conflit. Je tiens en revanche à souligner que l’instauration du règlement global et équitable, sans manquer à aucun des droits du peuple palestinien conformément aux références de la légitimité internationale, non seulement s’inscrira au profit de toutes les parties régionales et internationales, mais aussi barrera la route aux forces de l’extrémisme et du terrorisme et les empêcheront de détourner les regards des jeunes générations, nées sous l’occupation et les guerres, du convoi du progrès et du développement.

Laisser sans règlement politique les conflits en Libye, en Syrie et au Yémen, entre autres régions victimes des conflits armés, ne constitue qu’une négligence de notre part, sur laquelle nous devrons rendre des comptes aux générations présentes et à venir. Lesquelles suivent en temps réel les menus détails de ces calamités humanitaires via les médias modernes.

Majestés, Excellences et Altesses,

La description précédente ne vise pas à reproduire l’image du statu quo dans la région, bien que cette image reste effectivement sombre à présent. Elle sert plutôt d’introduction pour parler franchement des solutions nécessaires pour relever ces défis.

Nous sommes conscients que « les solutions magiques » n’existent pas ; néanmoins, nous sommes enjoints de retracer les grandes lignes ou les clés de la solution :

Premièrement : nous pouvons déduire de l’histoire moderne de notre région que la continuité et le maintien de l’entité de l’État national et sa réforme à la rigueur constituent la clé de la stabilité. C’est le tout premier pas sur la voie de la restitution de la sécurité au sein des peuples incertains de l’avenir, et la clé de la stabilité qui ouvre la porte aux efforts du développement. De là, il nous incombe de consolider la coopération entre nos États, dans le but d’affermir les institutions de l’État face aux défis difficiles, tout en sauvegardant le concept de citoyenneté face aux dérives sectaires et extrémistes.

En principe, c’est l’État qui se charge de contrôler ses frontières, de garantir le respect de la loi, et de sauvegarder les âmes et les droits de ses citoyens. Il n’est donc pas plausible de tenir compte d’un appel, quels que soient sa source ou son motif, qui cherche à ébranler l’État et ses institutions. Car cela est tout simplement illogique et se contredit à l’expérience historique moderne vécue par les peuples de la région. Il faudra en même temps mettre l’accent sur le droit des peuples à réaliser leurs ambitions légitimes à la démocratie et au développement, dans le cadre de l’État national civil moderne.

Deuxièmement : je me demande franchement, devant mes frères et amis : le moment n’est-il pas venu pour élaborer une approche antiterroriste globale ? Laquelle doit constituer à garantir, en tant que composant capital, un affrontement sécuritaire rigoureux aux organisations et éléments terroristes, et en tant que composant pas moins important, une confrontation intellectuelle lucide à leurs sources idéologiques. Cette approche globale doit être complétée non seulement par une obstruction du financement et du soutien qui leur sont offerts, mais aussi par un arrêt de leurs incitations à la violence. Dans le cadre de cette approche, et pour garantir son succès, je dois affirmer l’importance de mettre pleinement en œuvre tous ses piliers. Je ne manque pas de souligner qu’elle n’aboutira que si nous conjuguons tous nos efforts pour l’appliquer et que si nous faisons fermement face à la partie qui refusent de l’appliquer sous n’importe quel prétexte.

Troisièmement : Il est impérieux que le Moyen-Orient se transforme d'une région « des conflits » en une région « des succès », ce qui exige une coopération sincère entre nos deux régions, les plus affectées par ces conflits. Lesquelles seront les meilleurs bénéficiaires de ces succès, d’où l’importance de passer outre les intérêts étroits et de traiter avec les parties du conflit, tantôt en les motivant, tantôt en exerçant des pressions bien supputées, et ce dans le but de mettre en vigueur les résolutions onusiennes qui constituent une voie contraignante et consensuelle pour régler de tels conflits.

Majestés, Altesses et Excellences,

Tant les défis communs qu'affronte notre région sont nombreux, tant les opportunités – si elles sont bien investies – seront notre meilleur appui face à ces défis. À cette fin, la coopération économique est de nature à réaliser la prospérité en faveur des pays du pourtour méditerranéen.

Il nous faut donc percevoir, d'une façon complémentaire et non pas concurrentielle, les relations économiques entre nos deux régions, dans le but d'exploiter les avantages concurrentiels des deux bords, notamment à la lumière de la multitude des domaines de coopération économique, que ce soit sur les plans industriel, agricole, de l'énergie, du transport ou autres.

Contrairement à certains, nous considérons la question de l'immigration,  non comme un défi, mais plutôt comme un domaine prometteur de coopération et comme porteur d’intérêts, aussi bien pour la région arabe à haute densité de main d'œuvre que pour la région européenne dont les économies ont besoin d'une main d'œuvre diversifiée. Par conséquent, l'objectif de la coopération entre nos deux régions pour garantir une immigration sécurisée et réglementée est à même de réaliser plusieurs intérêts communs. Nous devons aussi lutter en parallèle contre la traite des êtres humains, et ce, dans le cadre de nos efforts conjoints, visant à réprimer la criminalité transfrontalière organisée. Je tiens compte également de l'importance de respecter la souveraineté des États et d'éviter les approches conçues pour exporter les défis à une région en particulier. De plus, il est impératif de prendre en considération les principales raisons de ce défi.

J'aimerais noter ici que l'Égypte accueille des millions de refugiés qui vivent parmi nous et qui reçoivent des services consentis par le gouvernement en termes de la santé et de l'enseignement, tout comme leurs homologues égyptiens, et cela en dépit des circonstances économiques difficiles que nous avons connues pendant ces dernières années. L'Égypte a de même réussi à freiner toute tentative d’accès illégitime ou d'immigration clandestine à travers ses rives depuis septembre 2016. Elle a engagé en ce sens des dialogues bilatéraux avec nombre d’États européens, pour établir une coopération bilatérale face à ce fléau, non seulement en matière de ses répercussions, mais aussi en matière de ses origines. L'année 2018 a témoigné d'une évolution qualitative, consistant en l'adoption d'un pacte mondial sur l'immigration en décembre 2018 au Maroc, à la suite de laborieuses négociations.

Majestés, Altesses et Excellences,

Au terme de mon discours, permettez-moi d'adresser directement la parole aux peuples de nos deux régions et à tous les peuples épris de la paix : "Ô grands peuples épris de la paix ! Je vous adresse depuis ce sommet un message d'affection et de fraternité, tout en vous appelant à ne pas prêter l’oreille ni aux instigateurs de la division et de la haine, ni à ceux qui tentent de diaboliser l'autre par des stéréotypes ou qui se prétendent supérieurs sur fond de la race, du genre ou de la religion. Chacun de nous, bien que différent de l’autre, cherche un monde meilleur pour lui et pour les futures générations. Or, cela ne peut avoir lieu qu’avec le recours à la coopération, à l'apprentissage et à l'acceptation de l'autre. Prenons donc élan vers une action commune d'envergure, tout en nous appuyant sur les valeurs de notre civilisation humaine et notre croyance dans le sort unique de tous les êtres humains".

Je vous remercie. 


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