14 décembre 2019 11:38

Allocution de l'Ambassadrice Mouchira Khattab

mardi، 25 octobre 2016 05:23

Candidate d'Egypte au poste de Directeur général de                              

L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation,

la science et la culture

UNESCO


Le Caire le 19 juillet 2016


Mesdames et Messieurs,

En ce moment décisif pour moi, les mots seraient incapables d'exprimer  mes sentiments à l'égard de ma mise en candidature pour le poste de Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture "UNESCO". Sentiments de gratitude pour mon pays qui m'a honorée de sa confiance, sentiments de reconnaissance à Monsieur le Président de la République et à tous  ceux qui ont contribué au processus démocratique de mise en candidature, sentiments de fierté, cette mise en candidature représentant pour moi une décoration unique , sentiments de responsabilité en termes de réalisation de ses objectifs, en plus des sentiments de confiance dans mon soutien des fils et filles de mon pays et de toutes ses institutions afin  que l'Egypte réussisse  à être à la tête de cette prestigieuse Organisation pour la première fois.


Je suis pleinement consciente du poids sans cesse croissant de la grave responsabilité qui incombe à l'UNESCO dans cette phase houleuse de l'histoire de l'humanité exposée à l'assaut féroce de l'extrémisme, de l'ignorance honteuse et des pelles de démolition impitoyables qui détruisent le patrimoine et les créations immortels de l'humanité. Je suis consciente que faire face efficacement à cette attaque terroriste qui glane des vies innocentes jour après jour, nécessite la mission humaine pour laquelle a été construite l'UNESCO, à savoir l'établissement de la paix au sein des hommes en travaillant à améliorer l'éducation, la science et la culture.

Tout au long de ma longue carrière diplomatique, j'ai touché de près la position unique dont jouit  l'UNESCO parmi les autres organisations  des Nations Unies, étant celle qui représente réellement  la conscience de l'humanité,  émanant de sa noble mission en matière de civilisation, d'éducation, de connaissance et de culture. Cette organisation  a également été liée à l'histoire de mon pays et à mon âme lorsqu'elle a coopéré avec l'Egypte dans les années cinquante et soixante du siècle dernier afin de sauver les monuments de Nubie, opération considérée comme la première  plus importante et  plus grande opération de sauvetage d'un patrimoine mondial dont  est fier  l'ensemble de l'humanité, non seulement le peuple égyptien.

D'autre part, le ministère des Affaires étrangères, cette institution égyptienne séculaire dont je suis fière d'appartenir, m'a appris les aptitudes à la communication entre les différentes cultures, à les respecter, à en profiter et les faire profiter. Mon étroite relation avec le grand leader Nelson Mandela, alors que je représentais mon pays auprès de la République d'Afrique du Sud, a grandement contribué à consolider ma conviction que la grandeur réside dans l'humilité, la communication et la force de volonté. Dans ce contexte, je me rappelle ses mots: "tous les jours une occasion surgit pour changer le monde pour le mieux, prends les rênes dans ta main pour inspirer le changement."

Les longues années au cours desquelles j'ai représenté mon pays, de l'Organisation des Nations Unies à l'Australie et à l'Afrique du Sud, ayant parcouru des pays et des pays,  assisté à des conférences et présidé les délégations de mon pays, m'ont appris que l'Egypte est un pays ancien, puissant dans son impact, et que la force douce égyptienne, avec ses riches affluents, représentent l'un des principaux piliers sur lesquels s'appuie toujours  le rôle civilisationnel et  culturel de l'Egypte. Dans ce contexte, permettez-moi de vous parler de la sagesse et du génie égyptiens depuis les temps anciens sur le sens du mot paix ... la paix est le mot de passe, la diversité et l'ouverture sur les civilisations du monde en est l'essence, ceci exige, plus que jamais, que l'appel de l'Egypte pour l'ouverture et la modération  atteigne le monde entier. A cet égard, l'UNESCO constitue sans nul doute une plate-forme digne d'être occupée par l'Egypte, afin que l'Organisation adopte un discours haut et fort, effectif et couplé avec un rôle efficient et une activité infatigable, afin de garantir les droits des hommes  à l'apprentissage, à la participation à la vie culturelle et à la fierté de l'identité dans le respect de la diversité culturelle, bénéficiant du progrès scientifique pour défendre les valeurs de dignité humaine, de liberté et de justice.

 

Mesdames et Messieurs,

L’époque moderne témoigne que la flamme de l’illumination de la pensée  dans la région est née en Egypte, à commencer par le rôle-titre de l’illumination depuis les débuts du XIXe siècle, hérité par les  pionniers de la modernisation dans les différents domaines de la connaissance et de la créativité, tant en littérature qu'en poésie, art, théâtre, cinéma, musique, chant et autres arts, ce qui a contribué à la formation du goût arabe.

De même, je n'oublierai jamais  que je suis diplômée de l'Université du Caire, la première université moderne dans la région, cette université qu'une femme égyptienne éclairée a eu l'initiative de créer, et qui, dans un précédent jamais vu, n'a non seulement cédé le terrain, mais donné tout ce qu'elle possédait de fortune et de bijoux. Quelle merveilleuse leçon pour ériger la société! Cette Université du Caire a de tout temps embrassé la modernisation du pays, ayant eu à sa tête le pionnier de la pensée et de l'illumination, Ahmed Lotfi el-Sayed, et comme doyen de la Faculté des Lettres Dr Taha Hussein, doyen de la littérature arabe, et comme doyen de la Faculté des sciences Dr Moustafa Mochrafa Pacha, cet honorable savant dont Einstein fit l'éloge funèbre dans les plus belles expressions de respect et d'appréciation.

Cette candidature, je la soumets en tant que fille parmi les filles d'Egypte, portant dans mon esprit et dans mon âme un héritage de civilisation et un capital culturel reçus de mon cher pays, portant également un héritage personnel riche en expériences en matière de travail dans les domaines du service sociétal englobant l'éducation, la culture, la jeunesse et les droits des femmes et des enfants. Permettez-moi d'adresser mes remerciements et ma gratitude aux centaines de milliers de filles et fils d'Egypte dans les bourgs et hameaux pour leur don et leur soutien pendant plus d'une décennie au cours de laquelle nous avons tracé ensemble des réalisations concrétisant un boom humain et civilisationnel significatif, réalisations qui ont inspiré le monde et qui ont été atteintes grâce au courage et aux sacrifices de millions de personnes.

Dans ce contexte, je voudrais citer un exemple dans le cadre de l’initiative de l’UNESCO «Education pour tous ». Pourriez-vous croire que les personnes défavorisées ont fait don de terres pour construire des écoles pour filles privées du droit à l’éducation et, ensemble, nous construisîmes 2200 écoles amies des filles dans un effort conjugué de sept organisations des Nations Unies avec le gouvernement, les organisations de la société civile et les partenaires au développement. Je suis parvenue, grâce à mon héritage culturel et à mes expériences, à tracer ensemble une vision éclairée et un plan national d’action à travers desquels nous avons partagé les rôles et les bénévoles ont combiné leurs efforts et leur argent dans une grande harmonie entre les éléments du bataillon.

J'ai eu l'honneur d'être à la tête et de gérer des groupes de travail nationaux dans un système merveilleux comprenant des centaines de milliers de personnes travaillant avec amour et dévotion dans un partenariat solide et sincère et un enthousiasme et une cohérence
 surprenants. L’UNICEF a documenté l'expérience égyptienne, en vue d'en inspirer d’autres personnes dans le monde entier, dans un livre merveilleux dont je vous cite les paroles de cette fille du village de Radwan « je me souviens que je me sentais voler dans le ciel le jour où je suis allée à l’école pour la première fois pour connaître le monde et savoir comment les autres vivent et ce qu’ils font. Portant mes yeux au-delà des murs de ma maison, j'ai réalisé que l’apprentissage était tout simplement chose merveilleuse."

A cette jeune fille je dis " oui mon enfant, l'apprentissage est chose merveilleuse."

Les paroles de cette jeune fille  traduisent l'essor civilisationnel, culturel et développemental  de la qualité de l'éducation représenté par ces écoles pour des centaines de milliers de filles et  leurs familles.

Un autre exemple à travers lequel je voudrais exprimer mes remerciements et ma gratitude pour la confiance  précieuse  dont m'ont honorée les femmes et les hommes  de villages entiers dans un courage sans précédent  déclarant leur renoncement à des pratiques féroces et obsolètes à savoir  les mutilations génitales féminines, ces pratiques faussement attribuées à notre culture raffinée.

Villages  ayant réussi, grâce à leur courage, à transformer une pratique généralisée dans l'obscurité au cours des années, en un crime punissable par la loi, une loi  que j'ai proposée et défendue désespérément, et dont la base populaire a participé à la rédaction et qu'elle a maintenue lorsque d'aucuns ont tenté de l'abroger, tirant parti des années difficiles de transition, en violation des droits de l'homme.

Ici, je m’arrête sur l’éducation : l’éducation est à la pointe de ma vision pour l’UNESCO. En plus de représenter un droit humanitaire dû, elle est un indicateur économique fiable, le plus rentable, dont le revenu n'est pas  inférieur  à sept fois celui de l’investissement. Nous devons reconnaître que l’éducation est le projet économique le plus puissant dans le monde pour enrichir l’humanité, le pourcentage de rentabilité augmentant avec la baisse de la tranche d'âge du récepteur de l’éducation. Ma vision pour l’UNESCO dépasse la simple garantie du droit à l’éducation pour exiger d'en atteindre l'objectif, tous les États du monde ayant convenu que « l’éducation doit viser au développement  de la personnalité de l’enfant, de ses talents et de ses aptitudes mentales et physiques à leur plein potentiel, ainsi qu'au développement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l'auto-respect de l'enfant, du respect de son identité culturelle et linguistique, des valeurs nationales du pays dans lequel il vit et du pays dont il est originaire et des civilisations différentes de la sienne. Une éducation qui vise à préparer l'enfant à assumer ses responsabilités au sein d'une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d'égalité des sexes et d’amitié parmi les peuples et les groupes ethniques, nationaux et religieux. Une éducation qui développe le respect de l’environnement naturel."

Mesdames et Messieurs,

Ce n'est plus un luxe…Pourquoi? Parce que le grand défi, auquel fait face l'humanité qui ploie aujourd'hui sous le fléau du terrorisme et de l'extrémisme violent, est la même arme susceptible de sauver l'humanité des dangers qui l'assaillent. L'éducation que mérite l'homme dans la fleur de l'âge est celle qui facilite le transfert des connaissances et les moyens d'y accéder à travers différents programmes d'études, efficaces, stimulant l'innovation et attractifs encourageant la pensée rationnelle, la participation et la créativité au sein d'écoles adoptant un véritable processus éducationnel stimulant la poursuite. Ecoles qui nous donnent l'espoir de gagner la guerre menée à l'heure actuelle par l'humanité en vue d'éradiquer le terrorisme. L'éducation ne se restreint pas à l'alphabet et aux mathématiques, mais elle concrétise tout ce qui a trait au développement chez l'homme du sens de la dignité inhérente à l'être humain.

Une éducation qui ne s'arrête pas à la porte des écoles, mais s'étend à tout ce qui se passe dans les médias, les lieux de culte et les centres de rassemblement et de prestation de services. C'est un apprentissage qui s'étend sur toute la vie, donnant une deuxième et une troisième occasion  à qui aurait raté la première occasion. 

Encore une fois, je répète que la mission de l’UNESCO dans l’édification de la paix dans l’esprit des hommes, à la lumière des menaces actuelles, intensifie de plus en plus l'importante de la participation des jeunes et leur protection contre l’extrémisme et la séduction, importance de les armer avec les informations et les compétences leur permettant de penser,  réfléchir et exprimer leurs opinions librement et rejeter toute tentative visant à les corrompre pour propager la haine, l’extrémisme, le rejet de l’autre ou son traitement avec animosité et supériorité, ces pratiques étant incompatibles avec le droit de l'homme à la dignité et à la protection contre la violence, le mauvais traitement et les abus.

"Comment y parvenir"? Pourrait-on se demander. La science en est la réponse. " La science soulève une maison sans pilier…l'ignorance  détruit la maison de la gloire et de l'honneur", comme l’a dit Ahmad Shawqi, le Prince de nos poètes.

Atteindre l’objectif de l’éducation est le principal catalyseur pour construire une culture favorable et propice à la paix, une culture  respectant la dignité humaine, fondée sur l’éducation de tous les citoyens sur les principes de justice, de liberté et de paix. Rappelons à ce propos  l'histoire d'Alexandre le Grand qui, ayant demandé à Aristote quelle était la première personnalité à chercher lorsqu'il ouvrirait une ville, en reçu cette réponse: " cherche son poète" .

"Cherche son poète", pourquoi Aristote a-t-il choisi son poète? C'est la force douce qu'il entendait, les artistes, les intellectuels et les créateurs qui forment l’esprit des peuples. Poésie, théâtre, cinéma, livre, peinture, musique… sont les forces douces exerçant un grand impact. Si l’éducation est le bouclier qui protège l’humanité contre les méfaits de l’extrémisme et du terrorisme, la force douce est l’antibiotique contre toutes les tentatives d'aliéner la raison et la conscience et contre l'obsession  de l’extrémisme. Elle est une sorte de vaccin contre les ennemis des valeurs du pluralisme et  de l’enseignement libre. C'est la force douce qui crée cet éveil culturel, médiatique illuminé, elle est la conscience de l’humanité et son poète.

Notre arme est donc la parole et la logique. "Au commencement était le Verbe et le Verbe était la lumière". Le mot est le bastion de la liberté, le mot est synonyme de responsabilité. Je me rappelle ici ce que m'a dit le Président et penseur tchèque Vaclav Havel qui a mené la révolution de velours, lors d’un de mes entretiens avec lui: " le mot est plus puissant que l’épée…la révolution est un édifice".

Aussi le rôle de l’UNESCO lui confère-t-il une place centrale la chargeant d'édifier les esprits, de purifier les  consciences et d'ouvrir à l'humanité de larges horizons où les esprits libres excelleront dans les sciences, les arts, la  culture et les sports.

Si l’artiste créateur dessine avec le mot, le pinceau et la musique, l’athlète dessine avec le corps humain l'image du triomphe de la volonté, de l’endurance et de la purification de l’esprit.

Le parrainage des sportifs sous le drapeau de l’UNESCO est le havre de paix qui met les jeunes  à l’abri des attaques et l’isolationnisme sectaire et  du rejet de l’autre. En Egypte nous disons " aie un esprit sportif".

Le summum du respect de l'autre qui diffère, c'est le sport, la clé de la formation de la personnalité et le bouclier contre l’extrémisme, les champions ne s'y prêtant pas.

Mesdames et Messieurs,

Vivant dans l’ère de la souveraineté des peuples, je suis convaincue de la nécessité que la culture soit un droit universel, dont jouit tout un chacun, non pas exclusif à une élite… au-delà de la jouissance de la littérature et des beaux-arts pour s’étendre et englober les disciplines spirituelles, matérielles, intellectuelles et émotionnelles qui caractérisent les communautés. La culture doit inclure les modes de vie, les systèmes de coexistence et les méthodes des valeurs et des us et  coutumes.

La culture est devenue l’avant-garde du débat sur l’identité, la solidarité et la cohésion basé sur le respect de la diversité  culturelle et sociale, et  l'économie basée sur le savoir; à l’instar de la souffrance égocentrique  de l’homme qui a mis en évidence le besoin impératif de croire que toutes les cultures font partie intégrante du patrimoine commun de l’humanité, et que l’identité culturelle de chaque peuple est déterminée et enrichie en communiquant avec le patrimoine des autres peuples.

Pour conclure, citons ces paroles de Platon:

    Nous sommes fous,  si nous ne pouvons pas penser

    Fanatiques, si nous ne voulons pas penser

    Esclaves, si nous n'osons pas penser

Docteur Taha Hussein a déclaré qu'il ne suffisait pas aux peuples de jouir uniquement  de la liberté et de l’indépendance, mais " ajoutons-y la civilisation basée sur la culture et la science,  la puissance qui découle de la culture et des sciences et les richesses produites par la culture et la science », a-t-il insisté.

Quant à moi, je dis que l'Egypte a toujours été un pionnier de l’esprit, de  la tolérance et de la modération. Elle a été le phare de la liberté non seulement en Afrique et la région arabe, mais pour le monde entier. Nous attendons avec impatience que l’Egypte assume ce rôle par le biais de sa direction de l’UNESCO.


 Qu’Allah nous aide pour le bien de l’humanité. Et Merci pour votre attention.

 



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