23 janvier 2021 01:07

Allocution et discours

Discours du président Abdel Fattah Al- Sissi à la 72 session de l'Assemblée générale des Nations Unies

mercredi، 20 septembre 2017 - 12:08


Monsieur le Président Miroslav lajcak, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies

 

Permettez-moi tout d'abord de vous féliciter pour votre nomination à la présidence de la 72e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, vous souhaitant plein succès dans votre mission. Je saisis également cette occasion pour exprimer ma sincère appréciation à M. Peter Thompson, Président de la session précédente de cette Assemblée dont il a mené efficacement les travaux.

 

Monsieur le Président


A toutes les fois que nous nous rencontrons dans ce forum important, se renouvellent les espoirs des peuples dont la responsabilité de les représenter et d'en défendre les intérêts pour atteindre leur juste droit à la paix et au développement nous incombe et nous honore. De nouvelles générations nous observent, rêvant d'une vie décente régie par un système international équitable, capable de faire face aux défis imposés par la nature, tels le changement climatique, les catastrophes naturelles, les maladies, les pandémies et autres catastrophes causées par l'homme, à savoir les guerres, le terrorisme et la flagrante inégalité de la répartition des ressources et des opportunités du développement et de ses fruits.

 

Les buts et objectifs de l'ONU sont, certes, encore valables pour la création d'un monde qui permette à tous ses enfants de bénéficier des progrès scientifiques et économiques, ainsi que de la révolution des communications qui a créé entre les sociétés du monde un lien sans précédent dans l'histoire de l'humanité avec le potentiel énorme qu'elle possède pour réaliser le rêve d'un ordre international équitable, sûr et engagé aux droits au développement, à la liberté et au progrès, et à la communication ouverte entre les individus.

 

En Egypte, nous avons une foi profonde dans les valeurs de l'ONU et des objectifs de sa Charte, et nous sommes pleinement convaincus que la réalisation de ces valeurs est possible,  voire nécessaire et impérative.

La longue expérience de l'Égypte avec les Nations Unies, en tant que l'un des Etats fondateurs de cette Organisation, élu six fois membre du Conseil de sécurité et septième plus grand contributeur aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, actuellement à l'échelle mondiale,  atteste que nous nous efforçons tout le temps de réaliser le partenariat avec l'ONU dont nous sommes convaincus pour construire un monde qui réponde aux aspirations de nos enfants et petits-enfants à la liberté, la dignité, la sécurité et au bien-être.


Toutefois, la responsabilité que nous assumons exige que nous avouions  que ce monde, souhaité et possible,  demeure, malheureusement, bien  loin d'être atteint, et que nous continuions de souffrir de l'incapacité de contenir et de prévenir les conflits armés, de contrer la menace du terrorisme, de procéder au désarmement nucléaire et de remédier aux déséquilibres majeurs du système économique mondial qui ont contribué à élargir le gap (l'écart) entre  pays développés et en développement.

 

Partant de l'expérience des régions arabe et africaine, je peux affirmer, en toute conscience, que cette expérience résume la crise de l'ordre mondial et son incapacité à atteindre les buts et objectifs pour lesquels l'ONU a été créée.

 

La région arabe, environnement civilisationnel et culturel de l'Égypte, est désormais le centre de certaines des guerres civiles les plus virulentes de l'histoire humaine moderne, devenant la région la plus vulnérable à la menace du terrorisme, le tiers des réfugiés du monde étant des Arabes. La Méditerranée est devenue une plaque tournante pour l'immigration clandestine en provenance d'Afrique et d'Asie, tant pour fuir les conflits civils que pour échapper aux mauvaises conditions économiques et sociales, tel qu'enregistré par le Rapport régional arabe sur la pauvreté multidimensionnelle élaboré par la Ligue des États arabes en coordination avec l'ONU qui sera diffusé demain.

L'Afrique  se trouve au cœur de la politique étrangère de l'Égypte,  étant le continent-mère, où les racines égyptiennes sont enfoncées aussi profondément que l'histoire et dont nous puisons l'orgueil de notre identité et de notre appartenance authentique africaines   L'Afrique est vulnérable aux mêmes menaces pour la sécurité auxquels est confrontée  la région arabe, devenant, à son tour, un témoin-clé de la crise du système économique mondial qui perpétue la pauvreté et les inégalités et assume  une responsabilité majeure pour la production des crises économiques, politiques et sociales qui menacent la stabilité et la paix internationales, faisant de la mention des objectifs du développement durable  un simple verbiage, sans aucun témoignage de la regrettable réalité internationale.

 

L'Egypte se trouve donc, Monsieur le Président, au bord d'un des plus dangereux foyers de crises au monde. Son destin est de se frayer son chemin en toute confiance au milieux des risques sans précédent, en adoptant une stratégie de développement ambitieuse fondée sur des réformes économiques radicales et courageuses visant surtout à responsabiliser les jeunes générations, représentant la majorité de la population non seulement en Egypte, mais dans la plupart des jeunes sociétés dans les pays arabes et ceux en développement.

 

Dans un monde entremêlé et complexe, plein de défis difficiles à confronter par un Etat tout seul, quelle qu'en soient les capacités et la force de volonté, il devient  naturel que le plan  développemental ambitieux de l'Égypte s'accompagne d'une politique étrangère active inspirée des principes éthiques ancrés dans notre patrimoine et notre culture, adhérant aux principes juridiques de l'ordre mondial dont l'Égypte a participé à la création et basée sur une vision visant à remédier aux lacunes qui ont empêché la mise en œuvre des buts et objectifs de l'ONU, à travers cinq principes et priorités de base, à savoir:

Premièrement: 
la seule issue possible pour sortir des crises qui affligent la région arabe est de tenir avec obstination au projet de l'État national moderne fondé sur les principes de citoyenneté, d'égalité, de primauté du droit et des droits de l'homme, et de surmonter les tentatives d'allégeances sectaires, confessionnelles, ethniques ou tribales. Le chemin de la réforme doit nécessairement passer par l'Etat national et ne peut se faire sur ses ruines.

En bref, ce principe est l'essence de la politique étrangère égyptienne et le fondement sur lequel nous édifions nos positions pour traiter des crises prolongées dans la région.


Il n'y aura de salut dans la Syrie notre sœur que par une solution politique acceptable pour tous les Syriens, dont l'essence sera de préserver l'unité de l'Etat syrien, maintenir ses institutions et élargir sa base sociale et politique pour inclure tous les secteurs de la société syrienne et affronter résolument le terrorisme jusqu'à son éradication.

Le succès de cette solution réside dans les négociations menées par l'ONU, soutenues par l'Égypte, aussi puissamment que son refus de toute tentative visant à exploiter la situation de la Syrie, pour construire un pouvoir politique régional ou international ou mettre en œuvre des politiques subversives pour des parties régionales, dont notre région a tant souffert ces dernières années. Le temps est venu pour une  confrontation décisive et finale avec elles.


De même, il n'y a de solution en Libye que par le règlement politique face aux tentatives de fragmenter l'Etat le transformant en un foyer de conflits tribaux et en arène d'opérations des organisations terroristes et des trafiquants d'armes et de personnes.  Je tiens à souligner ici, très clairement, que l'Egypte ne tolérera pas la poursuite des tentatives d'altérer l'unité et l'intégrité de l'Etat libyen, ni les manœuvres visant la destinée du peuple libyen frère. Nous continuerons à collaborer étroitement avec les Nations Unies, pour parvenir à un règlement politique fondé sur l'accord de Skhirat, s'inspirant des propositions tirées par les Libyens au cours de leurs réunions successives tenues ces derniers mois au Caire, pour sortir  de l'impasse politique et relancer le processus de règlement dans ce pays frère.


Cette même logique s'applique à l'approche égyptienne quant aux crises en Irak et au Yémen. L'Etat national moderne, unifié, capable et juste est la seule issue susceptible  de surmonter les crises et atteindre les aspirations légitimes des peuples arabes.

Deuxièmement:
Le temps est venu pour un traitement global et définitif de la plus profonde et plus ancienne des blessures dans notre région arabe, à savoir la question palestinienne, le plus grand témoin de l'échec de l'ordre mondial pour la mise en œuvre d'une longue série de résolutions de l'ONU et du Conseil de sécurité. La clôture de ce dossier, grâce à un règlement équitable fondé sur les principes fondamentaux et les références internationales, assurant la création d'un Etat palestinien indépendant sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, est une précondition nécessaire pour que l'ensemble de la région entre dans une nouvelle phase de stabilité et de développement et le principal moteur de la restitution de la crédibilité des Nations Unies et de l'ordre mondial. Il ne fait aucun doute que la paix éliminera l'un des principaux prétextes du terrorisme longuement exploité pour justifier sa propagation dans la région, garantissant à tous les peuples de la région de vivre en sécurité et en paix. Il est temps de dépasser la barrière de la haine à jamais, et je voudrais souligner que les mains des Arabes sont encore tendues pour la paix. L'expérience de l'Égypte prouve que cette paix est possible, qu'elle est un objectif réel et que nous devons tous continuer à lutter pour l'atteindre.

 

Permettez-moi, Monsieur le Président, de m'écarter du texte initial et de lancer un appel à qui de droit, m'adressant en premier lieu au peuple palestinien auquel je dis qu'il est très important de s'unir derrière l'objectif, de dépasser les différences, de ne pas manquer l'opportunité et être prêt à accepter une coexistence avec l'autre, avec les Israéliens, dans la paix et la sécurité, la stabilité et la sureté pour tous ........ Je fais appel au peuple israélien, lui disant nous avons en Egypte une expérience excellente de paix avec vous depuis plus de quatre décennies, nous pouvons répéter cette expérience, cette avancée excellente une fois encore. La paix et la sécurité pour le citoyen israélien, ensemble avec la paix et la sécurité du citoyen palestinien. Tenez-vous derrière vos dirigeants politiques, tel est l'appel que je vous lance, soutenez-les sans hésiter. Je m'adresse à l'opinion publique israélienne, rassurez-vous, nous sommes avec vous tous pour la réussite de cette avancée, c'est une occasion qui pourrait ne pas se répéter. Un autre appel que j'adresse à tous les Etats épris de paix et de stabilité, à tous les Etats arabes frères, de soutenir cette avancée excellente, et au reste des Etats du monde pour défendre cette avancée, qui, si elle réussit, changera la face de l'histoire. A l'Administration américaine et au Président des États-Unis, je dis " nous avons l'opportunité d'écrire une nouvelle page dans l'histoire de l'humanité, afin de parvenir à la paix dans cette région".


Troisièmement:
Il est impossible d'imaginer un avenir pour l'ordre régional ou mondial sans une confrontation globale et décisive avec le terrorisme pour le détruire et en éradiquer les causes et les racines, et confronter sans dissimulation tous ceux qui l'appuient, le financent ou lui fournissent des plateformes politiques ou médiatiques ou des refuges.

 

Franchement, il est s'avère inutile de parler sérieusement quant à la crédibilité d'un système international de deux poids deux mesures, luttant contre le terrorisme alors qu'il en tolère les supporters, voire même les engage dans des discussions sur les moyens de contrer un danger dont ils sont essentiellement les créateurs. Les membres des différentes alliances internationales doivent répondre aux questions persistantes que nous posons en termes de sincérité envers nos peuples, auxquelles s'abstiennent de répondre tous ceux qui préfèrent la tergiversation et la duplication, en vue d'intérêts politiques sur les ruines des nations et le sang des peuples, dont nous ne permettrons pas la perte quelles qu'en soient les circonstances.

Il nous incombe également, dans le monde musulman, de faire face ouvertement aux faits, travaillant ensemble à corriger les idées erronées   devenues le fondement idéologique des terroristes et de leur pensée obscurantiste et destructrice. Comme vous vous en souvenez, l'Égypte a lancé une initiative visant à corriger le discours religieux en vue de revenir aux valeurs authentiques et tolérantes de l'islam, ce que les institutions religieuses égyptiennes anciennes entreprennent actuellement, à travers leur coopération à cet égard avec toutes les parties concernées à l'échelle mondiale.

 

L'Égypte, menant une guerre sans merci pour éradiquer le terrorisme de son sol, s'engage à l'affronter, à le poursuivre et à l'éliminer de façon définitive et décisive partout où il se trouve. Nul n'ignore que la lutte contre le terrorisme était une priorité absolue pour l'Egypte durant son mandat au Conseil de sécurité au cours des années 2016 et 2017 et de sa présidence de la Commission de lutte contre le terrorisme, non seulement pour défendre l'avenir de l'Égypte, mais pour défendre également l'avenir de l'ensemble de la communauté internationale.


Quatrièmement:

 Eliminer les racines et les causes des crises internationales ainsi que les sources de la menace à la stabilité mondiale exige nécessairement l'activation du principe de la coresponsabilité, avec des charges variables, entre les membres de la communauté internationale, en vue de réduire l'écart économique et social entre pays développés et pays en développement.


Quelle crédibilité accorder à l'ONU ainsi qu'à l'Agenda 2030 et aux Objectifs de développement durable alors que le système économique mondial lui-même est responsable de perpétuer les inégalités et loin des valeurs de justice et d'égalité?

Quelle opportunité serait offerte aux pays en développement, quelles que soient leurs intentions d'adopter des réformes économiques globales pour remédier aux déséquilibres dans la gestion de leurs ressources, sans aborder radicalement les déséquilibres prévalant dans la conjoncture économique mondiale, grâce à une participation accrue des pays en développement  dans la structure de gouvernance économique mondiale et en en facilitant l'entrée en vigueur dans les financements concessionnels, les marchés et le transfert des technologies?


Cinquièmement:


  Le respect des principes du droit international, la négociation sur la base des principes juridiques, historiques et moraux, le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires sont le seul moyen de résoudre les différents dans notre monde.

Il est inconcevable, plus de sept décennies après la fondation des Nations Unies, que la force ou les équations zéro soient les moyens de réaliser les intérêts dans un monde caractérisé par l'interdépendance et l'existence de grandes perspectives de coopération et de compréhension en vue de l'intérêt commun.


Partant de ces principes, l'Égypte a été l'un des pays les plus intéressés à lancer l'Initiative du bassin du Nil en 1999. Elle a cherché à parvenir à l'accord tripartite entre l'Egypte, le Soudan et l'Éthiopie pour aborder la question du Barrage de la Renaissance d'un point de vue coopératif créant un cadre juridique clair pour traiter ce dossier conformément aux principes du droit international et des règles établies régissant les relations entre les pays participant dans les bassins hydrographiques transfrontaliers du monde entier.

Cet accord reste le cadre juridique capable de traduire la logique de  coopération et de partenariat entre les trois États, une fois que les intentions s'avèrent sincères et que l'engagement de sa mise en œuvre est pris pleinement et impartialement, surtout que le temps presse et que la mise en œuvre  rapide de ce qui a été convenu est devenue extrêmement  urgente, afin d'éviter de perdre l'opportunité de présenter un modèle réussi pour gérer les relations entre trois Etats frères parmi les pays du bassin du Nil.

 

Monsieur le Président


En conclusion, notre réunion aujourd'hui au sein de cette instance internationale de longue date est l'occasion d'une méditation  sincère avec soi-même, permettant de reconnaître  les lacunes du système international pour atteindre les buts et objectifs  élevés pour lesquels il a été établi et renouveler l'engagement à créer une réalité internationale plus équitable, l'instauration de la justice, au sens le plus large du mot, à l'échelle mondiale étant la condition nécessaire pour faire face aux dangers terribles qui frappent notre monde aujourd'hui et menacent la crédibilité de l'ordre international.


La tragédie humaine à laquelle est confrontée  la minorité Rohingya au Myanmar est encore une occasion de rappeler à la communauté internationale ses responsabilités morales avant les responsabilités légales, telles que reflétées par Charte des Nations Unies, visant à trouver rapidement  une solution durable qui mette fin aux souffrances des civils et aborder les causes profondes de la crise qui menace la stabilité des pays voisins.

Avançons ensemble pour permettre aux peuples de retrouver leurs capacités et ouvrir de nouveaux horizons pour la coopération entre tous les membres de la communauté internationale, pour sortir ensemble hors du cercle des intérêts étroits et de la logique de la force et accéder aux vastes horizons des intérêts humanitaires communs et la coopération entre tous. Soyons honnêtes envers nous-mêmes, il nous incombe tous de nous débarrasser de la polarisation, le monde aujourd'hui ayant intensément besoin de l'ampleur des intérêts humanitaires communs, et chaque pays est obligé de chercher à développer ses intérêts avec les différents partenaires internationaux, sans en infirmer personne.

 

Tel est, Monsieur le Président, le message de l'Égypte. Je vous le transmets aujourd'hui, nettement et clairement, espérant que nos efforts conjoints dans la période à venir pour parvenir à un monde meilleur et plus sûr où règneront la stabilité et la prospérité porteront leurs fruits.


Merci ........ Vive l'Egypte ... Vive l'Egypte ... Vive l'Egypte.

 

 


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